Depuis près de 30 ans, le sous-sol du 110 chemin Larocque représente un havre créatif pour des groupes de musique de Salaberry-de-Valleyfield. Des bands qui ont joué ici, mais également au Canada, aux États-Unis ou en Europe. Avec le changement de vocation de l’édifice, des musiciens craignent que la chanson prenne fin sur une fausse note.

«On met ça sur pause; ce serait une catastrophe, a laissé savoir Jonathan Drouin, batteur du groupe Erimha, au sujet d’une éventuelle perte de local de pratique. C’est la question qu’on se pose tous les groupes. C’est le gros nerf de la guerre de savoir ce qu’on fait si ça ne marche pas. (voir plus bas) »

Depuis 26 ans, ce groupe fait partie de la faune musicale du 110, chemin Larocque. Une formation réputée dans la scène métal qui a fait la tournée des festivals aux États-Unis et en Europe.

Il cohabite toujours avec une quinzaine de groupes dans le sous-sol campivallensien. Les locaux sont aménagés à la bonne franquette, avec une odeur d’humidité constante. Mais les musiciens peuvent y jouer sans aucun souci.

«C’est l’endroit qui a fait exploser beaucoup de bands, mentionne Alexandre Amyot. Qui a mis Valleyfield sur la mappe. C’est un endroit de rassemblement, de partage et de communauté. C’est le bassin de la culture musicale depuis 28 ans. »

Lui-même membre de Morgan, Catch the Pin-Ups et des Accros Furieux, il rappelle que des groupes comme Harvee, Vert Vénus ou Urban Motion, qui ont tous eu du succès, étaient des locataires de l’endroit.

Site idéal

L’épopée musicale du sous-sol aurait débuté au moment où l’homme d’affaires Robert Vachon était propriétaire. L’édifice a ensuite changé de main et a accueilli différents locataires, que ce soit des cabinets de spécialistes en santé, une salle de billard, une autre de quilles et différents bars.

Mais les musiciens étaient, et sont toujours demeurés sur place. Un site qui faisait des jaloux dans la communauté musicale de l’extérieur de la Ville.

«Quand on parlait de l’endroit où on pouvait pratiquer, les gens n’en revenaient pas qu’on avait cette liberté, a affirmé Jonathan. On peut venir jouer du drum  à 4 heure et on ne dérange personne. C’est clair qu’on ne serait pas les artistes qu’on est si ça n’avait pas été de l’endroit et de la façon que ça marche ici.»

Une ouverture

Alexandre fait le constat que les musiciens ont peut-être pris l’endroit pour acquis au fil des ans. Qu’ils vivent dans la ouate et le confort. Si bien que la vente récente de l’immeuble au Groupe RPA plonge les musiciens dans l’incertitude.

Heureusement, les nouveaux propriétaires ont démontré une ouverture envers eux. «Les proprios auraient pu nous laisser tomber, mais ils ont de l’intérêt et répondent à nos questions, a-t-il expliqué. C’est positif.»

Alexandre Amyot et Morgan étaient sur la scène des Régates de Valleyfield pas plus tard que l’an dernier. (Photo Journal Saint-François : archives Alain Gaudreau)

Une réunion a eu lieu lundi soir. Les propriétaires ont exposé un plan, lequel propose l’aménagement de 11 locaux au sous-sol de la Factrie, dont ils ont aussi fait l’acquisition.

Les musiciens ont pu exposer leurs besoins. L’ouverture démontrée par le Groupe RPA les réconforte, mais l’incertitude demeure pour le moment.

«On rame à contre-courant, mais on rame fort», soutient-il. Son ami batteur ajoute : «On n’est pas le genre de personne qui va abandonner.»

Un nid d’artistes

Les musiciens auraient aimé que la Ville s’implique davantage pour soutenir les musiciens.

«Pas grand monde n’a sauté dans le projet, laisse entendre Jonathan. Depuis que l’édifice a été acheté, c’est plus stressant de venir. On ne sait pas jusqu’à quand on est là. On ne sait rien dans le fond. La Ville n’a pas l’air fermée à rien, mais personne n’a sauté dans le bateau pour essayer de voir qu’il y a un gros nid d’artistes à aider.»

Erimha, de Valleyfield, a partagé la scène aux États-Unis avec des groupes comme Korn ou Avenged Sevenfold. (Photo : gracieuseté)

Le 110, chemin Larocque est un gros morceau pour eux, mais aussi les mélomanes qui, pour plusieurs, ignorent l’existence de ce lieu créatif.

«Je suis un peu amer de tout ça, soutient Alexandre. Un petit signe des élus nous aurait mis un petit baume sur le cœur et nous aurait peut-être rassurés à quelque niveau. On est fier de représenter Valleyfield. Fier d’être local et fier d’être Campivallensien.»

Les deux musiciens devant l’entrée du 110, chemin Larocque, un havre créatif méconnu de Salaberry-de-Valleyfield. (Photo Journal Saint-François : Eric Tremblay)