L’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), auprès des travailleurs étrangers, touche 30 médecins rattachés au Centre intégré de santé et de services sociaux CISSS de la Montérégie-Ouest (CISSSMO). Après l’incertitude, des médecins de famille d’origine française vivent l’attente. Le CISSSMO les accompagne et demeure en communication avec les élus de la région.
Dix-neuf des 30 professionnels pratiquent la médecine familiale et 11 une spécialité, affirme la direction des communications et des affaires publiques du CISSSMO. Au total, 29 médecins sont originaires de la France et 1 du Liban.
De septembre à décembre, les médecins ont vécu l’incertitude. Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), en remplacement du PEQ, avait peu de signification pour certains. «À part l’acronyme, on ne savait pas grand-chose», soutient le Dr Binh Nguyen, un médecin français arrivé au Québec il y a 18 mois.
Le PEQ a été gelé en juin 2025, relate le professionnel de la santé. À ce moment, il espérait sa reconduite. La situation s’est dessinée autrement. «On ne savait pas quand il était pour tomber. Ils l’ont gelé de manière temporaire sans dire quand ils étaient pour l’arrêter», mentionne le Dr Binh Nguyen.
La fragilité du PEQ était connue du Dr Thomas Hereng bien avant son abolition en novembre. Il dit avoir fait des démarches auprès de diverses instances en octobre, avec sa conjointe médecin de famille, la Dre Marion Samor.
La fin du PEQ, ajoutée à la loi 2 imposant des cibles aux médecins, a fait en sorte que le couple a songé à quitter le Québec. Cette décision aurait été néfaste pour les médecins de famille. «On est bien ici. On est intégrés. Au travail, ça se passe très bien», avoue-t-il.
Invitations
En décembre, les Drs Binh Nguyen et Thomas Hereng ont été invités à soumettre une demande pour obtenir leur résidence permanente. Ils avaient un mois pour répondre à l’invitation puis deux mois supplémentaires pour déposer leur dossier, précise le Dr Binh Nguyen.
Depuis la réception de son invitation à la fin décembre, M. Nguyen prépare son dossier qu’il espère déposer au début de février. Le professionnel de la santé se tourne vers un cabinet d’avocats spécialisé en immigration pour l’accompagner. Le document comporte «une tonne de papier». «On remonte assez loin. On me demande mes relevés de notes [des cours] de la faculté que j’ai passés il y a 30 ans, mes notes pour l’obtention de l’équivalence du diplôme secondaire», dit-il. La conjointe du Dr. Nguyen doit fournir également des documents. Sophrologue de formation en France, sa conjointe est sans emploi depuis son arrivée au Québec. À défaut de travailler, elle voit à la paperasse reliée à l’immigration, indique le Dr. Nguyen.

La période d’attente varie de six mois à un an. La suite? Le médecin de famille recevra le Certificat de sélection du Québec (CSQ); document menant à l’obtention de la résidence permanente, souligne-t-il.
Formé en gériatrie en France, le Dr Binh Nguyen voit au bien-être des résidents de trois centres d’hébergement de soins de longue durée de la région et de l’Hôpital du Suroît à Salaberry-de-Valleyfield ainsi que des patients en réadaptation à Vaudreuil-Dorion.
«J’apprécie la qualité des soins ici», dit-il. Le médecin de famille entend des critiques et reconnaît l’accès difficile au système de santé. Mais il considère le travail des médecins et du personnel soignant «d’une très grande qualité» lorsqu’un patient est pris en charge. Son droit d’exercer sa profession au Québec prendra fin le 31 décembre 2027.
Dossier en traitement
Le Dr Thomas Hereng a déposé son dossier le 12 décembre. Les documents sont en traitement. De son côté, le médecin de famille a reçu une demande de validation du test des valeurs québécoises du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), affirme-t-il.
Pour la suite, il n’a plus aucun contrôle. «On espère remplir tous les critères, avoir bien répondu au dossier. Le plus dur, c’est d’obtenir le fameux CSQ. Après, il y aura des formalités administratives au fédéral», admet-il.
Si les deux médecins de famille reçoivent leur résidence permanente, ils pourront pratiquer au Québec «pour une période maximale de 60 mois (5 ans)», selon le CISSSMO.

Le Dr Thomas Hereng et sa conjointe exercent leur profession dans la même clinique médicale à Salaberry-de-Valleyfield. Le Dr Hereng est diplômé en médecine en France. Dans son pays, il a œuvré comme urgentologue pendant 22 ans avant de s’installer au Québec, en 2024. Son permis de travail expire en juin 2027.
Rencontres avec les représentants de députés
Informé des «préoccupations» des médecins formés à l’étranger, le CISSSMO a organisé deux rencontres avec plusieurs d’entre eux et des représentants de députés du territoire. L’objectif des échanges était «de mieux comprendre les impacts potentiels pour nos équipes et la population», mentionne la direction des communications et des affaires publiques de l’organisation. Le Centre intégré de santé et de services sociaux ajoute de suivre le dossier et acheminer les enjeux aux autorités.


