La municipalité de Hinchinbrooke a délivré un permis de construire pour une nouvelle usine d’embouteillage d’eau controversée à Powerscourt, malgré la vive opposition des citoyens concernés.
par Sarah Rennie, Traduit par – Ian Ward – Journal The Gleaner
Le directeur général de Hinchinbrooke, Adam Antonopoulos, a confirmé que tous les documents soumis par les promoteurs du projet, y compris le propriétaire foncier Germain Turpin, ont été minutieusement examinés par l’inspecteur municipal et jugés conformes aux règlements municipaux en vigueur.
« La municipalité a procédé avec la même diligence raisonnable que pour toutes les demandes de permis », a-t-il déclaré, soulignant que les promoteurs avaient présenté les permis requis du ministère de l’Environnement (MELCCFP), l’autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), un zonage approprié et un plan de construction respectant toutes les réglementations municipales.
M. Antonopoulos a réitéré que le promoteur du projet s’était engagé à produire une étude hydrogéologique lors de la réunion du conseil municipal du 2 février, à laquelle ont assisté plus de 40 résidents. Les promoteurs ont depuis confirmé à la municipalité qu’ils respecteraient cet engagement, a-t-il ajouté.
De telles promesses ne rassurent guère les citoyens qui protestent contre l’installation de l’usine d’embouteillage et qui concentrent désormais leurs efforts au niveau provincial. Les membres du groupe d’action Protégeons nos sources d’eau remettent désormais en question la validité du permis du ministère de l’Environnement et de l’autorisation de la CPTAQ, étant donné que les deux approbations datent d’il y a plus de 20 ans.
Bethany Lee, fondatrice et porte-parole de Protégeons nos sources d’eau, a expliqué que si les autorisations de la CPTAQ accordées pour la première fois en 2001 et 2003 font référence à des études hydrogéologiques et à des essais de pompage à court terme, ces rapports ne figurent pas dans les dossiers accessibles au public. Elle a confirmé que des demandes d’information ont été envoyées à la CPTAQ, au MELCCFP et à la municipalité de Hinchinbrooke, et qu’une demande officielle sera bientôt soumise à la CPTAQ pour exiger la suspension administrative immédiate des autorisations non agricoles et la réévaluation des dossiers à la lumière des connaissances scientifiques actuelles.
Le contexte scientifique a évolué
Le groupe veut savoir si les analyses initiales tenaient compte des impacts de la variabilité climatique, de l’extraction à long terme de l’usine d’embouteillage existante et de l’augmentation de la demande régionale en eau sur l’aquifère.
« Le contexte scientifique a considérablement évolué depuis lors, a déclaré Mme Lee, soulignant que les rapports annuels obligatoires des principaux préleveurs permettent désormais une analyse cumulative beaucoup plus complète des volumes extraits ».
On dispose également de plus d’informations sur l’état du bassin versant de la rivière Châteauguay. Selon la Société de conservation et d’aménagement des bassins versants de la zone Châteauguay (SCABRIC), le bassin versant est actuellement en état de surconsommation. Le président de la SCABRIC, Daniel Pilon, a déclaré que l’organisme régional de gestion du bassin versant était préoccupé par la perspective d’une deuxième usine d’embouteillage puisant de l’eau dans l’aquifère. « C’est une bonne chose que les citoyens aient tiré la sonnette d’alarme », a-t-il ajouté, soulignant que les problèmes liés à l’eau touchent de plus en plus de municipalités et de secteurs, notamment les agriculteurs et les maraîchers de la région.
Questions juridiques
La CPTAQ fonde principalement ses décisions sur la loi provinciale relative à la préservation des terres et des activités agricoles, qui a été modifiée en 2025. La loi comprend désormais une clause stipulant que l’autorisation est annulée si les activités autorisées n’ont pas été lancées dans un délai de cinq ans.
Malgré l’autorisation de la CPTAQ, aucun travail n’a été entrepris sur le site de Powerscourt. « Après plus de deux décennies d’inactivité, il semble raisonnable que la Commission examine si les circonstances actuelles justifient le maintien de ces autorisations », a déclaré Mme Lee.
Le syndicat de l’Union des producteurs agricoles du Haut-Saint-Laurent est du même avis. Lors de son assemblée générale du 19 février, le syndicat local a adopté à l’unanimité une résolution demandant à la CPTAQ et au MELCCFP de réévaluer les autorisations existantes.
Outre une référence au Plan directeur de l’eau de la SCABRIC, la résolution note également que, selon AgriClimat, les projections en matière de changement climatique indiquent que des déficits hydriques estivaux sont à prévoir d’ici 2050. La résolution affirme que « les eaux souterraines sont essentielles à l’irrigation des cultures et aux activités agricoles dans un secteur agricole dynamique et homogène », tout en faisant écho aux préoccupations concernant les taux de recharge et la durabilité à long terme initialement soulevées en 2003, lorsque l’UPA avait recommandé à la CPTAQ de rejeter la demande initiale.
« Notre groupe est encouragé par leur implication, a déclaré Mme Lee à propos des actions du syndicat local. Notre région est le garde-manger du Québec, et personne ne sait mieux que les agriculteurs à quel point il est vital d’empêcher l’épuisement des aquifères ici ».
Mme Lee a confirmé que Protégeons nos sources d’eau était en contact avec le bureau de la députée de Huntingdon, Carole Mallette. Les groupes peuvent désormais compter sur le soutien de la Table de concertation en environnement du Haut-Saint-Laurent. « Nous pensons que la collaboration entre les acteurs agricoles, environnementaux et communautaires est essentielle pour garantir que les décisions reflètent les connaissances scientifiques actuelles et protègent à la fois la vocation agricole des terres et la durabilité à long terme de nos ressources en eau souterraine », a-t-elle déclaré.
Le groupe a également obtenu un large soutien de la communauté. Une pétition en ligne demandant aux organismes gouvernementaux d’annuler les autorisations et de réévaluer les dossiers en question a été signée par plus de 940 personnes. De plus amples informations, ainsi qu’un lien vers la pétition, sont disponibles sur le site web du groupe à l’adresse protectourwatersource.ca.

