Le Campivallensien Richard Coutu vient de vivre une histoire aussi invraisemblable que fascinante à Houston au Texas. Plus de 40 ans après avoir porté assistance à un coéquipier hockeyeur qui était en train de mourir au bout de son sang à Hampton en Virginie, l’ex-gardien du but des rangs professionnels a pu renouer avec lui dans des circonstances très spéciales.

Jim Edgeworth, un défenseur qui tentait de se tailler un poste avec l’équipe de la Ligue Southern, s’est retrouvé en mauvaise posture dans sa chambre d’hôtel un soir du mois de septembre 1975. Blessé lors de l’entraînement quotidien, l’Américain originaire de la Nouvelle-Angleterre ne se doutait pas qu’il avait subi une rupture de la rate et des hémorragies internes ont compliqué dangereusement son état de santé.

La situation d’urgence l’a forcé à frapper répétitivement sur le mur et Richard Coutu, son voisin de chambre, est intervenu pour lui prêter main forte. Il a immédiatement appelé les secours et Jim Edgeworth lui a demandé de l’accompagner dans l’ambulance jusqu’à l’hôpital. «Il avait le bras en l’air quand je l’ai aperçu dans sa chambre. Jim m’a dit « Ne me quitte pas » (Don’t leave me)», se souvient Richard Coutu.

Pendant plusieurs heures, la vie de Jim Edgeworth n’a tenu que par un fil et un prêtre s’est présenté à l’hôpital pour lui prodiguer les derniers sacrements. Miraculeusement, il a survécu et une dizaine de jours plus tard, il a obtenu son congé des médecins.

Richard Coutu et Jim Edgeworth ne se sont pas revus pendant quatre décennies. Le Montréalais d’origine et Timothois d’adoption a mis fin à sa carrière l’année suivante, après avoir notamment gardé les filets des Cougars de Chicago de l’Association mondiale de hockey (AMH) sous les ordres de Jacques Demers. Edgeworth a joué à la ligne bleue avec les Skipjacks de Baltimore durant deux autres saisons et il a entrepris une carrière en assurances avec la compagnie Lloyd’s de Londres.

En juillet 2015, lorsque la fille de Richard Coutu a posté les statistiques de son père sur Facebook, un autre ancien coéquipier, Frank Beaton, a transmis l’information à Jim Edgeworth. «Il me cherchait depuis plusieurs années. Jim voulait me remercier pour ce que j’avais fait», de dire celui qui a élu résidence à Saint-Timothée en 1983 quand il était à l’emploi de la Brasserie O’Keefe.

L’an dernier, Jim Edgeworth a fait une première faveur à son «sauveur» en lui offrant des billets pour assister à un match de son club favori de la Ligue Nationale de Football, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Plus récemment, il a téléphoné à Richard Coutu pour l’inviter à la rencontre opposant les Texans de Houston aux Titans de Tennessee au stade Reliant Energy.

Le week-end dernier, les 2, 3 et 4 octobre, Richard Coutu a eu droit au traitement royal lors de sa visite dans la ville pétrolière du Texas. Accompagné de son fils Deric, un pilote d’hélicoptère dans les Forces armées canadiennes, l’homme de 65 ans a fait le trajet de l’aéroport à l’Hôtel Sheraton de Houston en limousine. Hébergés dans une suite, Richard et son garçon ont pris le souper avec leur hôte dans la salle privée d’un restaurant luxueux en présence de Frank Beaton, qui avait rendu possibles les retrouvailles.

Golf et tir au pigeon d’argile ont précédé la journée au football, marquée par une présence sur le terrain pour la séance d’échauffement et la sortie des joueurs du tunnel, un visionnement de la première demie dans la loge du président des Texans et de la 2e demie à la ligne de 50 dans des sièges tout près de l’action.

«Ce qui était impressionnant, c’est que tous les gens rencontrés connaissaient notre histoire. Même la relationniste des Texans de Houston m’a félicité pour avoir sauvé Jim», a relaté Richard Coutu qui, depuis 10 ans, occupe un poste de directeur de comptes pour l’entreprise «Paragraph» dans le domaine de l’imprimerie.