Il y a des histoires qu’on ne raconte pas assez. Éric Langevin en fait partie.

Pilote du GP212, le Sylco, depuis son retour au circuit, Éric Langevin est l’un des personnages les plus complets de la scène des régates d’hydroplanes au Québec : ingénieur de formation, mécanicien dans l’âme, compétiteur acharné. Dans ce cinquième épisode de la deuxième saison de dans l’pit, Eric Tremblay et Yanick Michaud lui ouvrent grand la porte des puits — et il ne retient rien.

Tout commence dans les estrades de Valleyfield. Éric Langevin n’a que quelques mois quand ses parents l’amènent pour la première fois aux Régates. Il n’en ratera pas une seule de sa vie. Rapidement, le rêve prend forme : conduire ces machines, travailler sur leur mécanique. Il devient ingénieur, en partie pour se rapprocher des moteurs. En 1998, à 28 ans, il cogne à la porte du circuit avec un vieux bateau en bois, sans expérience, sans réseau. Juste une passion et la conviction que c’est là, dans le pit, que ça se passe.

La carrière qui suit est faite d’ascensions et de chutes. En 2.5 litres, il s’impose comme l’un des meilleurs : champion en 2007 et 2010, il accumule les victoires avec le Longshot, un bateau commandé 23 000 $ à Bert Anderson qui deviendra une machine de guerre. Mais le Grand Prix l’appelle. En 2011, il fait le saut. À sa deuxième course, une commotion cérébrale. Puis 2014 : un accident à Brockville, cockpit coupé en deux, moins médiatisé mais, selon lui, le plus dangereux de sa carrière. Malgré tout, il sera présent aux Régates de Valleyfield quelques semaines plus tard, grâce au travail acharné de son mécanicien Pierre Boutin, qui vit dans un hôtel à Brockville pour remettre le bateau sur l’eau.

« C’est peut-être un accident qui a été moins médiatisé, mais au niveau de mettre sa vie en danger, c’est là que ça a été le pire. »

Ce qui frappe dans le récit d’Éric Langevin, c’est l’honnêteté. Il parle des coûts, de la pression financière qui l’a poussé à accrocher son casque temporairement, des erreurs de jugement en 2011, de son bateau rendu inconduisible après des modifications en 2017-2018. Puis du retour, rendu possible grâce à Marco, son bras droit aux commandites, et à Daniel Leclerc, mécanicien en chef avec 50 ans d’expérience, véritable chef d’orchestre de l’équipe du Sylco.

Il parle aussi de l’hélice. Celle de M. Paul Pigeon, présente dans toutes ses finales en 2.5 litres, finement réglée pour le moteur et le bateau. Signée, polie, précieusement cachée chez lui. Il ne la vendrait pas pour 20 000 $. Ce n’est pas de la superstition. C’est du respect pour ce qui l’a porté à ses meilleurs moments.

Pour 2026, Éric Langevin arrive avec des changements sur le Sylco et une faim de performances. La classe Grand Prix aux Régates de Valleyfield s’annonce relevée, avec des pilotes de l’Ouest attendus sur le parcours. Il veut pousser la machine, et lui aussi.