Vingt ans ont passé depuis la fusillade du Collège Dawson, un drame qui a coûté la vie à Anastasia De Sousa et marqué le Québec à jamais. Le devoir de mémoire reste fondamental, mais cet anniversaire met surtout en lumière une réalité inévitable : la sécurité dans nos établissements d’enseignement demande une vigilance de tous les instants. La tragédie survenue le 10 février 2026 à la Tumbler Ridge Secondary School, en Colombie-Britannique, nous montre encore une fois, de manière très crue, que cet engagement doit être continu, partout au pays.
En deux décennies, les établissements scolaires ont complètement revu leur manière de gérer les risques, et le drame de Dawson en a été le véritable déclencheur. Les recommandations du coroner Jacques Ramsay ont conduit à l’adoption de la loi Anastasia et à la mise en place du Plan de réponse pour des établissements sécuritaires par la Sûreté du Québec. Cet événement a également donné naissance à d’importantes recherches à l’Université McGill sur les impacts psychologiques des traumatismes, permettant ainsi de structurer autant l’intervention tactique que l’accompagnement psychosocial après un drame.
Depuis, cette prise de conscience s’est ancrée dans les pratiques. Le ministère de la Sécurité publique consacre une large part de son colloque annuel à ces enjeux, et la Fédération des centres de services scolaires du Québec mobilise ses membres sur la gouvernance des cellules de crise. Aujourd’hui, ces progrès se concrétisent par la mise à jour régulière des plans d’urgence dans l’ensemble de nos réseaux d’enseignement, du primaire jusqu’à l’université.
Après avoir guidé plus de 50 établissements lors d’exercices de simulation d’individu armé, un constat s’impose : un plan d’urgence consigné sur le papier ne suffit pas. Seule la pratique permet de transformer une procédure en un réflexe efficace. C’est sur le terrain qu’on repère les failles, qu’il s’agisse de problèmes de matériel ou d’hésitations dans les décisions. De plus, un protocole ne doit jamais être figé dans le temps : il doit intégrer les réalités émergentes, notamment la détection des signaux faibles dans l’espace numérique et les réseaux sociaux, sans oublier l’évolution concrète de nos bâtiments et de nos outils technologiques.
Cette sécurité repose également sur les épaules des enseignants, du personnel professoral et de toute la communauté éducative, qui restent les premiers repères émotionnels pour les élèves et les étudiants. Leur rôle est délicat : il faut donner aux jeunes les bons réflexes sans leur faire peur, et leur expliquer la situation en restant calme. C’est ainsi qu’on développe une culture de prévention partagée avec les jeunes et leurs parents.
Se souvenir des victimes, ce n’est pas juste faire une minute de silence une fois par année. C’est retrousser nos manches et maintenir une mobilisation collective pour s’assurer que tous nos milieux d’enseignement soient réellement prêts à faire face à l’imprévisible.
Zoubida Habek, M. Sc. Env., experte-conseil en mesures d’urgence et conférencière

