Les temps sont durs dans le monde du transport en commun et Marc Rousseau le sait fort bien : c’est dans ce contexte qu’il a pris le rôle de directeur général d’exo en octobre 2025, après quatre ans au sein de l’organisation. Et s’il a bon espoir que le discours autour du transport collectif évolue différemment, ce n’est pas demain que la question du financement sera réglée.
Lors de la publication du plus récent budget de l’organisation, exo avait d’ailleurs lancé plusieurs signaux d’alarme.
Notamment, que les enjeux financiers «ne feront que s’accentuer» dans les prochaines années, une capacité «restreinte» pour ajouter des départs supplémentaires, même lorsque l’offre est présente et de grands défis «pour réduire le temps d’attente et encourager la population à utiliser le transport collectif».
Lorsqu’on lui demande si le transport en commun vit une période d’austérité, M. Rousseau trouve que le mot est fort, mais reconnait un réel enjeu financier lié à l’avènement du télétravail.
«Il y a eu un programme d’aide du gouvernement pour aider tout le monde à passer à travers cette transition. En théorie, ce programme, il prend fin en 2028, donc il faut trouver des solutions pour pallier ce manque à l’horizon 2028», mentionne-t-il.
«Et ça, ça fait en sorte que pendant tout ce temps, ben on n’a pas d’argent pour bonifier l’offre de service. Tout ce qu’on fait, c’est à coût nul. On ne peut pas dépenser 1$ de plus, on ne peut pas rajouter des heures de service, donc ça devient extrêmement contraignant», poursuite M. Rousseau.
Quand l’autobus est plein
Parmi les conséquences, le manque de leviers face aux enjeux de surcharges, soit ces autobus qui doivent refuser des passagers parce qu’ils sont pleins.
Un phénomène particulièrement fréquent à la rentrée scolaire.
«Pour régler cet enjeu, il n’y a pas 36 000 solutions. Soit tu rajoutes des départs, et dans le contexte que l’on est, on ne peut pas faire ça. Je ne peux même pas rajouter une heure de service. Soit tu regardes le réseau dans son ensemble et regarder si à certains endroits on ne pourrait pas retirer certains départs et réinjecter ces heures de service», résume M. Rousseau.
Celui-ci note d’ailleurs à quelques reprises la nécessité pour le réseau de se réinventer ou de faire des compromis.
S’en sortir
N’empêche, M. Rousseau ne voit pas toute cette situation d’un mauvais œil.
À travers l’exercice d’un plan d’optimisation et d’une réduction des dépenses de quelques dizaines de millions de dollars au cours des trois dernières années, il croit que l’opérateur a fait ses devoirs et s’est assuré qu’il n’y avait pas de gras.
«Avant d’aller voir les villes et dire : « il faut juste mettre de l’argent de plus », je pense qu’on devait se regarder nous-mêmes, puis être capable de voir ce qu’on peut faire pour réduire nos coûts. Démontrer qu’exo est responsable dans sa gestion», souligne-t-il.
Ancien directeur général de la Société de transport de l’Outaouais (STO) de l’automne 2018 à janvier 2021, il estime que la situation actuelle n’est pas nécessairement permanente.
«À l’époque où j’étais à la STO, j’ai côtoyé des gens qui ont vécu la réforme Ryan dans les années 90. On m’a expliqué qu’il y a eu un gros creux dans les investissements du transport collectif à cette époque. Et on s’en est sorti. Alors moi je dis : on ne va pas rester dans cette conjoncture ad vitam aeternam», soutient le directeur général d’exo.
Transport collectif : coût ou investissement?
Par ailleurs, celui-ci rappelle qu’avant la pandémie, le transport collectif était en croissance «à peu près dans toutes les régions du Québec».
«On avait le vent dans les voiles et tout d’un coup, le vent s’est arrêté, les voiles sont tombées et on s’est mis à faire du surplace. Puis on s’est dit : le vent va reprendre. Et finalement, le vent a repris, mais pas avec la même vélocité», image-t-il.
Malgré cette situation, le directeur général croit que le transport en commun devrait être vu comme un investissement et non une dépense. «Un bon réseau de transport collectif, c’est souvent la colonne vertébrale d’une ville», soutient-il.
En vue de la prochaine élection provinciale, exo a justement l’intention de faire des représentations en ce sens.
«On va rencontrer les différents partis pour remettre le transport collectif sur le dessus de la pile», affirme M. Rousseau.

