Quelles seront les répercussions des tarifs douaniers américains de 50% de même que les contre-mesures tarifaires canadiennes sur l’industrie automobile? Gravité Info a posé la question à Louis-Philippe Dubé, l’un des auteurs du Guide de l’auto 2027.

Rappelons que parmi les produits affectés par les droits de douane de 50%, tant canadiens qu’américains, se trouvent l’acier et l’aluminium. Les droits de douane américains sont en vigueur depuis le 22 août, alors que la riposte canadienne s’appliquera dès le 8 septembre.

Quels sont les impacts, selon vous, de la guerre tarifaire sur le prix des voitures qui se vendront au Canada ?

«Il y en a beaucoup! C’est très mouvementé au cours des dernières années, pour une industrie comme l’automobile qui a besoin de beaucoup de planification pour lancer des produits.

Avec une incertitude politique comme ça, les effets ne sont pas seulement sur le prix à court terme, mais également à long terme : sur le choix des modèles, des technologies, et essentiellement les véhicules qu’on va avoir.»

Les consommateurs doivent-ils craindre une éventuelle hausse des prix ?

«C’est une industrie qui ne bouge pas très vite. Donc à court terme, c’est plutôt stable. Pour le moment, les constructeurs ne prennent pas des décisions drastiques pour le prix.

On a plutôt choisi de ne pas importer certains véhicules des États-Unis, comme le Mazda CX-50, parce qu’il était trop tarifé pour l’avantage que ça apportait à Mazda.

La Cour suprême a déclaré les tarifs comme étant illégaux et l’industrie automobile a reçu, selon les informations qu’on détient, plusieurs milliards de dollars de remboursement de tarifs jusqu’à date. Mais ça peut faire l’objet d’interprétation… parce que qui a reçu ces montants? Les constructeurs? Les manufacturiers de pièces? C’est encore en l’air.

Louis-Philippe Dubé collaborateur au Guide de l’auto (Photo : Agence QMI)

Donc chez les constructeurs, on essaie d’être compétitifs jusqu’à ce qu’on réorganise un peu nos chaînes d’approvisionnement, pour essentiellement être capables d’offrir les véhicules au meilleur prix.»

Car les véhicules américains ne sont pas forcément entièrement assemblés aux États-Unis…

«Il y a des véhicules assemblés aux États-Unis qui peuvent venir de l’extérieur. Je prends par exemple les Tesla Modèle 3. On peut les assembler au Texas, en Californie…  On peut les assembler aussi en Chine. Alors les Tesla au Canada ne viennent pas des États-Unis, mais de la Chine. Parce que le Canada a conclu récemment une entente sur les véhicules électriques chinois.»

Et beaucoup de pièces sont construites au Canada, également ?

«Absolument. Depuis plus de 100 ans, les États-Unis et le Canada sont interreliés. On a un lien dans l’industrie automobile qui est très complexe dans la chaîne d’approvisionnement.

Par exemple, un véhicule chez Ford pourra utiliser beaucoup d’aluminium de chez nous pour la carrosserie. Et pour les pièces, utiliser des poignées de porte faites dans le sud de l’Ontario.

Le véhicule sera assemblé aux États-Unis, mais avec un moteur du Mexique et des semi-conducteurs de l’Asie. Et certains des composantes vont traverser la frontière canado-américaine plusieurs fois avant d’être installés sur un véhicule.»

Le Canada était-il en bonne position dans cette relation ?

«C’est un système complexe, mais qui était avantageux, selon moi, pour les deux pays. Maintenant, l’industrie est un peu prise dans cette espèce de tempête politique, elle est prise en otage. Mais je dis tout ça en ce moment, puis après, tout peut changer la semaine prochaine! On est vraiment sur le qui-vive. C’est un grand jeu, un grand échiquier. Parfois, quelqu’un donne un coup de pied sur l’échiquier et on recommence à zéro.»