De l’arrivée des constructeurs chinois sur le marché canadien jusqu’à tout ce qui concerne la voiture électrique, Louis-Philippe Dubé ne manque pas de mots lorsqu’il s’agit de décortiquer le marché de l’industrie automobile. Entrevue avec l’un des collaborateurs au Guide de l’auto 2027.
Au cours des dernières années, la demande pour les véhicules électriques (VÉ) a évolué quelque peu «en dents de scie», en fonction de l’octroi ou du retrait de certaines subventions qu’accordent le provincial et le fédéral aux acquéreurs de ce type de voitures.
L’offre, quant à elle, s’est diversifiée et améliorée.
Louis-Philippe Dubé souligne les grands progrès en matière de batterie, d’autonomie et de qualité d’assemblage.
«Le progrès des technologies de batterie a été extraordinaire dans les dix dernières années. Ça coûte 80% moins cher de faire une batterie qu’il y a dix ans. On utilise moins de terres rares, on peut se servir de matériaux recueillis dans des régions où c’est moins politiquement instables…» relève-t-il.
M. Dubé «ose croire» qu’une production de batterie moins chère crée un effet à la baisse sur le prix du véhicule. Mais il nuance sa réponse, alors que la stratégie de commercialisation entre en jeu.
«Au tout début, en 2011, c’était par exemple la Nissan Leaf : une petite voiture compacte quand même abordable. Ça n’avait pas beaucoup d’autonomie, mais ç’a commencé à charmer les Québécois. Avec le temps, on s’est calqué sur le modèle américain. Les constructeurs ont décidé de faire des véhicules électriques plus dispendieux, plus gros, mieux équipés. Ç’a donné comme résultat que la voiture électrique, en général, n’était pas vraiment abordable.»
Autre élément à considérer : les préférences du marché américain déteignent sur ce qui se vend au Québec. «Souvent, on est considéré par les constructeurs de l’extérieur comme des Américains qui veulent des plus gros utilitaires.»
M. Dubé croit néanmoins que la tendance à miser fortement sur des VÉ dispendieux pourrait changer. «Payer 65 000$, 70 000 $ pour un véhicule, ça n’a pas de bon sens», lance-t-il.
Il croit que des entreprises comme Kia, Hyundai et les constructeurs chinois pourraient proposer des modèles peut-être plus petits et moins équipés, puis miser sur le volume.
Constructeurs chinois
Le Guide de l’auto 2027 consacre un dossier complet à l’arrivée des constructeurs chinois sur le marché canadien. Déjà cet été, quelques milliers de VÉ chinois ont été expédiés au Canada.

À quel genre de produit peut s’attendre le consommateur?
«En ce moment, on regarde par exemple une marque comme Tesla, qui assemble déjà des véhicules en Chine. C’est un constructeur américain, mais qui profite du manufacturing de l’industrie chinoise, qui est de la main-d’œuvre un peu moins chère et plus avantageuse.»
Selon M. Dubé, une Tesla Model 3 assemblée en Chine sera de meilleure qualité que celle assemblée aux États-Unis. «C’est très révélateur parce que les industries chinoises se sont perfectionnées de manière extraordinaire. Pour la conception du véhicule, les ingénieurs chinois prennent de plus en plus de place et utilisent très peu de fournisseurs extérieurs.»
Il donne en exemple le concessionnaire BYD, dont les véhicules sont commercialisés actuellement en Europe, et MG qui commence aussi à intégrer ce marché. «Si on prend tout ce pôle, la majorité est quand même de bonne qualité, mais comme ici, il y en a des moins bons, qui ont des technologies plus anciennes.»
«Le sentiment général dit que la technologie est de pointe, poursuit-il, mais ce qui nous inquiète, c’est comment ça va durer chez nous avec notre climat. Est-ce que les constructeurs chinois auront les infrastructures pour entretenir ces véhicules ici ou ça deviendra des véhicules plutôt jetables?»
À quand un retour des petites voitures ?
La tendance aux VUS, qui n’est pas près de s’estomper, a incité les constructeurs à délaisser des modèles compacts, remplacés par de petits utilitaires.
N’empêche que M. Dubé croit qu’avec le prix de l’essence qui grimpe et fluctue, il y aurait un marché pour de petites voitures, plus abordables.
«Il y a des constructeurs, peut-être en trouble financier, qui pourraient sauter sur l’occasion et offrir de petites voitures, justement parce que les autres ne le font pas. Je pense à Nissan, en restructuration, qui était un constructeur reconnu pour certaines de ses petites voitures comme la Versa. Il pourrait y revenir, parce qu’il a de la difficulté à percer dans des segments comme les camionnettes et gros utilitaires. Peut-être du côté de chez Stellantis, propriétaire de Dodge, RAM, Chrysler, etc. Il pourrait y avoir une opportunité pour eux, qui sont dans le trouble financier.»
M. Dubé estime notamment que la Nissan Micra, désormais discontinuée, aurait encore sa place.
«C’était 10 000$ ou un petit peu en-dessous. Pour une voiture neuve, c’est incroyable! On en voit encore sur la route. Elle a eu ses petits bobos, mais côté fiabilité, ç’a servi à beaucoup de gens.»
M. Dubé cible aussi les voitures de type familial parmi les modèles qui, selon lui, mériteraient un retour. «Elles sont souvent aussi ou sinon plus polyvalentes que les utilitaires. Mais côté énergétique, c’est souvent mieux parce que c’est plus aérodynamique et moins gros. C’est un bon compromis entre la polyvalence et la sportivité dans une voiture.»
Les «bons choix» de Louis-Philippe Dubé
Électrique
-EV3, Kia. «C’est un petit véhicule à hayon qui n’est pas cher et qui a une bonne autonomie, dont la technologie est éprouvée.»
-BMW, i3 et iX3. «Il s’agit d’une berline et d’un utilitaire. On est arrivé à vraiment dessiner un châssis qui contrôle très bien le poids de la batterie. Quand on a un véhicule électrique, ce n’est pas nécessairement sportif parce que c’est très pesant. BMW a réussi à développer des technologies qui donnent l’impression que le véhicule est plus léger. C’est vraiment une avancée technologique.»
Hybrides
«Les technologies hybrides du côté de Honda, Toyota, sont éprouvées et se trouvent dans de plus en plus de modèles, comme dans les marques coréennes (Hyundai, Kia, etc.) qui se lancent aussi dans cette aventure hybride. Ça sera des véhicules à surveiller.»
À essence
«Pour les gens qui aiment les moteurs V8, du côté de chez RAM et les marques américaines, on a un retour du moteur hemi : c’est un moteur performant, pas le plus évolué, mais qui sera abordable et fiable dans ces camionnettes.»

