Par Yvonne Lewis Langlois – The Gleaner (Traduit par Sabrina Vaillancourt)

Par une nuit glaciale de janvier, alors que beaucoup de gens étaient restés chez eux, l’hôtel de ville de Huntingdon était en effervescence. Les citoyens faisaient la file pour assister à la réunion publique portant sur la démolition du bâtiment connu comme étant l’édifice historique du Gleaner. Près de 40 personnes se sont présentées, et très vite, il ne restait que des places debout.

Le maire, André Brunette, a présidé la réunion, qui a eu lieu le 20 janvier. Des conseillers municipaux étaient également présents, de même que Richard Livernois, de l’entreprise Elli Construction, promoteur immobilier du terrain situé derrière l’édifice du Gleaner sur la rue Châteauguay, et Yves Laberge, copropriétaire du terrain avec Michael Bourgon, qui était absent.

Le maire Brunette a ouvert la réunion en déclarant que Huntingdon était la première ville à se conformer à la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel du Québec régissant la démolition des bâtiments construits avant 1940. L’édifice historique du Gleaner a été construit en 1939 pour accueillir les bureaux et l’imprimerie du journal The Huntingdon Gleaner. Il a ensuite été occupé par le CLSC de Huntingdon et Service Québec. M. Brunette a indiqué qu’un comité serait chargé de mener une consultation afin de déterminer si la Ville accordait un permis de démolition permettant la destruction de l’édifice.

Il a été annoncé que la Ville avait reçu 47 lettres; toutes s’opposaient à la démolition, à l’exception d’une seule. Une pétition en ligne contre la démolition a recueilli 349 signatures, et ce nombre est passé à 534 dans les jours qui ont suivi la réunion publique.

La directrice générale, Johanne Hébert, a affirmé que la valeur actuelle du terrain est de 294 100 $ et que le bâtiment lui-même vaut 382 300 $.

La directrice générale adjointe, Carolyn McKenzie, a présenté le rapport d’inspection de l’édifice du Gleaner au moyen de diapositives projetées. Les diapositives mettaient en évidence les dommages internes du bâtiment, notamment au niveau du système de chauffage, de la plomberie, du sous-sol, du toit et du système électrique. Le bâtiment a subi d’importants dégâts causés par l’eau. Le coût total des travaux s’élèverait à 1 900 000 $.

Des citoyens ont demandé s’il était possible de rénover le bâtiment, et M. Laberge a répondu à ces questions en précisant que la rénovation de la structure serait trop coûteuse : « Personne n’a autant d’argent », a-t-il dit.

La conversation dans la salle a pris une autre tournure lorsque les personnes présentes ont demandé au promoteur immobilier ce qu’il comptait faire du terrain où se trouve actuellement l’édifice du Gleaner. M. Livernois a présenté des images du projet proposé, qui prévoit la construction de maisons en rangée comprenant chacune six logements familiaux, derrière l’actuel édifice du Gleaner. Ces unités seraient disponibles à l’achat au prix probable de 400 000 $ chacune. Le projet comprendrait un portail architectural contemporain qui intégrerait l’inscription figurant sur le bâtiment d’origine, à savoir « EST 1863, The Huntingdon Gleaner Inc. ». Une éventuelle démolition n’aurait aucune incidence sur la construction des nouveaux logements.

Plusieurs citoyens ont posé des questions et exprimé leurs commentaires, et le maire Brunette est intervenu pour organiser les interventions afin qu’elles soient exprimées une à la fois. Certains citoyens ont fait remarquer que la façade moderne de ces nouveaux bâtiments n’avait ni caractère, ni personnalité. Quelques citoyens se sont levés et ont quitté la réunion; il semblait y avoir une impression générale dans la salle que c’était un « fait accompli ».

Le maire a soudainement quitté la salle avec les conseillers pour discuter de la situation en privé. La foule s’est mise à discuter bruyamment, et un autre groupe de personnes est parti.

Vingt minutes plus tard, le maire et les conseillers municipaux sont revenus dans la salle. À la surprise générale, ils ont annoncé que le permis de démolition ne serait pas accordé. Carolyn Cameron, de la Société historique de la Vallée de la Châteauguay, a dit que cette décision était « à notre grande surprise » !

Dans une déclaration faite au Gleaner, M. Brunette a expliqué que plusieurs raisons avaient motivé le rejet de la demande : « Plus précisément, nous estimons que le plan de réutilisation des sols manquait de détails sur des aspects importants, empêchant ainsi les parties prenantes de se forger une opinion éclairée ou d’évaluer correctement la pertinence et la viabilité des plans proposés », a-t-il indiqué.

« Nous croyons également que le Gleaner est un élément important de notre histoire, et que le bâtiment qui l’abritait est un symbole significatif de cette histoire. Il représente un patrimoine auquel nous sommes attachés et dont nous reconnaissons la valeur historique et culturelle ».

M. Brunette a ajouté qu’une réunion avec les propriétaires aurait lieu prochainement « afin de trouver une solution satisfaisante pour toutes les parties concernées ».