En 2020, pour des raisons médicales, Joël Renaud s’est retiré de l’armée où il a œuvré pendant une quinzaine d’années à titre de policier militaire.

À son âge, pas question pour cet homme qui désire à tout prix aider son prochain, de se relaxer, les pieds sur le tabouret à attendre le stress inutile de la transition à la vie civile. «Peu de temps après, j’ai croisé des gens de la Légion et j’ai dévoilé mon désir de m’impliquer. Je ne croyais cependant pas être celui qui allait relancer la Légion royale canadienne de Valleyfield», indique le vétéran qui travaille bénévolement au sein de cette entreprise communautaire et de partage.

«Les anciens locaux étaient en ruine et les gens qui s’en occupaient étaient âgés. J’ai regroupé quelques vétérans et nous avons eu l’idée de rouvrir la filiale pour permettre aux gens de se rencontrer, de discuter, d’obtenir de l’aide. Un endroit accessible aux vétérans, mais aussi à toute la communauté», dévoile Joël renaud qui a ainsi racheté le fonds de commerce d’un ancien bar du centre-ville pour y fonder La Baraque, un local qui est devenu un endroit de rencontre, de partage.

Un clin d’œil au passé militaire

La Légion 062 de Salaberry-de-Valleyfield n’est pas conventionnelle. Pas de portraits du Monarque en place accrochés sur les murs. Pas de photo des soldats tombés lors des différents conflits planétaires. «Je ne voulais pas qu’un soldat, qu’une vétéran, s’empêche de venir nous rencontrer parce que ça lui fait revivre des émotions trop fortes. Qu’il voit la photo d’un frère d’arme décédé. Que ça ouvre des blessures. On a voulu en faire un lieu de rassemblement multigénérationnel. Tu viens prendre un verre et jaser. Ça permet d’ouvrir des discussions et parfois mener à des guérisons», plaide celui qui a trouvé original le nom de La Baraque pour nommer cette Légion qui ne s’écarte pas de la mission première malgré des airs novateurs.

«Nous perpétuons le souvenir, on amène un clin d’œil militaire, en voulant que le Canada se souvienne. D’ailleurs, le nom évoque les baraquements du Camp 47 ici à Valleyfield pendant la Deuxième guerre mondiale. Malgré nos airs, la mission demeure de soutenir les vétérans et de les orienter vers les bonnes ressources. On fait ça et en même temps, tout le monde y trouve sa place», assure-t-il.

Travailleur infatigable

Joël Renaud est fier de son parcours. Jeune, il démontre peu de plaisir à fréquenter l’école, mais il joint les rangs des cadets et ça l’a beaucoup aidé. «J’ai développé ma confiance, mon leadership, ma facilité à m’exprimer. J’ai donc décidé de faire mes équivalents et de faire des cours de lancement d’entreprises, de gestion événementielle. Finalement, on m’a offert de joindre l’infanterie comme réserviste», raconte celui qui avait toujours rêvé de devenir policier.

Il applique ainsi pour devenir policier militaire et poursuit ses études avec un bac en sécurité publique qui lui permet de créer des liens avec des officiers de partout. «On peut décrocher, mais en n’abandonnant pas, on obtient ce qu’on veut. C’est un peu le message que je lance aux jeunes», assure celui qui a été déployé deux fois en Ukraine pour y former des policiers militaires outre-mer et une fois en Roumanie pour assurer le commandement de la police militaire de l’endroit.

«J’ai servi avec des gens exceptionnels et je retiens ma chance de ne pas avoir trop souffert de ce que j’ai vécu dans l’armée. Alors je peux redonner aux gens qui ont besoin de guérir leurs blessures physiques et psychologiques», conclut-il.

La Légion royale canadienne 062 de Valleyfield compte 500 membres, dont 90 vétérans, un club de motos qui compte 42 plaisanciers et de nombreux officiers et vétérans responsables des activités.

Les profits amassés sont remis à des organismes communautaires qui viennent en aide aux femmes, aux itinérants, aux familles démunies, aux vétérans qui souffrent et plus encore.

Récemment, Joël Renaud a reçu la Mention élogieuse de la ministre des Anciens Combattants, Jill McKnight, qui rend hommage à des personnes qui se sont distinguées par leurs contributions bénévoles exceptionnelles au profit des vétérans canadiens ou qui ont contribué à perpétuer le souvenir de leur service, de leurs sacrifices et de leurs réalisations. Treize vétérans québécois ont été honorés ainsi cette année.