Le milieu communautaire lance un cri d’alarme. Des représentants d’une trentaine d’organismes de Beauharnois-Salaberry étaient réunis lundi après-midi au centre D’Main de Femmes pour clamer qu’ils sont à boutte. Au point où le filet social est de plus en plus mince.

«Ça fait un bout qu’on est à boutte, a rappelé Vanessa Richer, intervenante communautaire à la ressource pour les femmes. Des organismes pourraient fermer. C’est vraiment rendu là. Certains commencent à fermer l’été ou durant des périodes pour sauver de l’argent le reste de l’année.  Les besoins n’arrêtent pourtant pas l’été.»

Insécurité alimentaire, crise du logement ou prévention de la violence, le milieu communautaire représente un tissu social important dans la communauté.

Mme Richer a laissé savoir que les statistiques démontrent qu’une personne sur trois aura recours à un organisme au moins une fois dans sa vie.

Mais le sous-financement met à mal leur mission. Au point où ils ont décidé de le crier haut et fort.

«On a décidé de changer de posture, a ajouté Chantal Lizotte, directrice générale de L’Antichambre 12-17 – hébergement jeunesse du Suroît. De prendre la parole. De cesser de se taire pour pouvoir mettre en valeur l’impact des organismes communautaires dans la société. On veut être reconnu comme pilier stratégique.»

Les deux porte-parole réclament des changements au sujet de la reconnaissance et au financement des organismes. Un cri d’alarme qualifié de sérieux.

Enjeu de personnel

Le manque de financement donne de sérieuses difficultés quant à la rétention et au recrutement du personnel.

L’antichambre 12-17 représente une alternative au placement en centre jeunesse. La clientèle peut vivre avec de la détresse psychologique. Les besoins sont grands pour du personnel qualifié dans une ressource ouverte 24/7.

«Le sous-financement à la longue épuise nos équipes et fragilise les services qu’on donne, explique Mme Lizotte. Il y a des gens sur des listes d’attente sur plein de services publics. On a peur pour la suite. On est rendu au bout de ce qu’on peut faire avec ce qu’on a.»

Vanessa Richer compte «presque» trois personnes à temps plein, incluant elle, la seule intervenante au centre D’main de Femmes.

Elle avoue ne pas pouvoir travailler plus fort qu’elle le fait en ce moment pour prévenir la violence faite aux femmes, sous toutes ses formes. Un sujet qui est toujours d’actualité.

Appui de la population

Moi je pense que la communauté est avec nous, soutient Mme Richer. Je le sens, je le vois. Ç’a été des décisions déchirantes d’avoir à fermer pendant deux semaines. Ce n’est pas dans nos valeurs. Mais ça va démontrer l’impact dans la communauté. Les gens le savent qu’on est à bout.»

La grève qui va perdurer jusqu’au 2 avril va se répercuter sur le réseau. Parce que les usagers des organismes seront redirigés vers les services où ils iraient si les organismes communautaires n’étaient pas en place.

Mme Lizotte est d’avis que le milieu communautaire enlève de la pression sur le réseau. Si bien que son absence pendant près de 10 jours saura le démontrer aux décideurs et aux gens qui financent les organismes.

Vanessa Richer et Chantal Lizotte, porte-parole locale du mouvement communautaire à «boutte». (Photo Journal Saint-François : Eric Tremblay)