Gazou, une chatte d’Espagne de 12 ans, est rentrée chez elle à Beauharnois avec une morsure de raton laveur le 1er septembre. Sa maîtresse a rapidement soupçonné la rage. Son carnet de vaccination à jour, l’animal a évité le pire. La vigilance est de mise. Les cas sont en croissance.

Gazou sort à l’extérieur de la résidence chaque jour. Le 1er septembre vers 21 h 30, Maude Ménard se souvient avoir entendu près de la maison des cris qui s’apparentaient à ceux d’un animal sauvage. «On a vu le gros raton laveur se cacher derrière le cabanon. Il marchait lentement, nous a regardés», relate-t-elle.

Le lendemain, un membre de la famille l’a informée de cas de rage suspects à Léry. La Ville en a fait mention sur ses réseaux sociaux. À partir de ce moment, plusieurs drapeaux rouges se sont levés. Gazou a passé la nuit du 1er au 2 septembre à l’extérieur. «Elle rentre tout le temps. Elle s’est peut-être cachée pour soigner ses blessures. Quand elle est revenue, elle boitait un peu, elle miaulait faiblement», raconte Mme Ménard. Puis, la propriétaire a aperçu une plaie profonde sur la cuisse gauche de Gazou en la caressant le 2 septembre.

Maude Ménard a rempli un formulaire en ligne pour aviser le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) de la situation. Le 3 septembre, elle a reçu un appel du Ministère qui désirait obtenir des informations supplémentaires. Mme Ménard s’est sentie soulagée. «On m’a dit que même si mon chat m’avait mordillée, le fait qu’elle est vaccinée contre la rage, il n’y a pas de risques qu’elle me l’ait donnée», dit-elle.

La chatte et sa maîtresse ont obtenu un rendez-vous dans une clinique vétérinaire le 3 septembre. Le personnel y est allé d’un traitement préventif, soit un rappel du vaccin contre la rage, et a soigné les trois plaies, dont une nécessitant l’installation d’agrafes. 

«Amorphe» à la suite de l’incident, Gazou a repris des forces aussi tôt que le 6 septembre. «Elle a été chanceuse, convient Mme Ménard. Depuis deux jours [le 5 septembre], elle demande pour retourner dehors, on va attendre. Je ne veux pas que les plaies s’infectent. Dans une semaine et demie, ils vont lui retirer les agrafes.»

C’est la première fois depuis 11 ans que Gazou se faisait attaquer par un raton laveur. «On en voit des ratons laveurs chaque été, ils ne nous dérangent pas», affirme Maude Ménard. La résidente de Beauharnois ignore les circonstances entourant l’attaque. Mais, elle connaît bien le comportement de sa chatte. «Ce n’est pas son genre de courir après un raton laveur. On pense qu’elle était bien tranquille [sur le terrain]», dit-elle.

Pas de cas positifs

En juillet et août, à la suite de l’enregistrement d’un chat touché par la rage du raton laveur à Godmanchester, l’Hôpital vétérinaire Mercier a reçu davantage d’appels de clients pour vérifier si le carnet de vaccination de leur chat était à jour et, le cas échéant, corriger le tir.

Depuis juillet, l’Hôpital vétérinaire Mercier n’a détecté aucun cas de rage chez les animaux fréquentant l’établissement. «On a eu des cas suspects. On s’inquiétait pour la possibilité […], on n’a pas eu de cas positifs», explique la technicienne en santé animale certifiée et directrice de l’Hôpital vétérinaire Mercier, Mélanie Templeton.

Mélanie Templeton, à droite, est accompagnée de la Dre Véronique Néron, vétérinaire, et Lou, le chat. (Photo : gracieuseté – Carole Campeau)

Si soupçon il y a chez un animal non vacciné, l’équipe met en branle le protocole provenant du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). La bête concernée sera alors vaccinée à plusieurs reprises contre la rage puis isolée pendant un certain temps, résume Mme Templeton. Des visites régulières à l’hôpital seront planifiées les deux mois suivant l’incident en plus de suivis auprès de l’équipe. 

À l’Hôpital vétérinaire Mercier, la demande de mise à jour des vaccins a été formulée de la part de propriétaires de chiens également. Les risques de contracter la rage «sont différents» chez le chien et le chat. D’abord, la vaccination chez le chien s’avère plus régulière, puis ses contacts avec des animaux sauvages demeurent limités. Contrairement au chat qui marche librement à l’extérieur, le chien retenu par une laisse se promène en compagnie de son maître, remarque Mme Templeton.

À la clinique vétérinaire, Gazou, la chatte de Maude Ménard, n’a pas subi de test pour diagnostiquer la rage. La technicienne en santé animale et directrice de l’Hôpital vétérinaire Mercier mentionne qu’aucun examen n’a été développé pour déceler la rage chez un animal vivant. La seule façon de diagnostiquer la maladie, c’est via un prélèvement à même la dépouille. La rage du raton laveur est mortelle, tant chez l’animal que l’humain.

Gazou, une femelle de 12 ans. (Photo : Le Soleil – Marie-Josée Bétournay)

Cas de la rage déclarés

Du 4 janvier au 24 août, des cas de la rage du raton laveur ont été déclarés sur des ratons à Hinchinbrooke, Saint-Anicet, Godmanchester, Saint-Stanislas-de-Kostka, Elgin et Candiac, fait état un tableau disponible sur le site du gouvernement du Québec. Des cas de rage chez la mouffette rayée ont été enregistrés à Hinchinbrooke et Saint-Anicet. La rage s’est aussi attaquée à des chats à Saint-Anicet et Godmanchester.

Du 21 janvier au 27 juillet, des cas de rage de la chauve-souris ont été confirmés à Châteauguay et Saint-Constant.

Du 3 août au 3 septembre, le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Parcs a vu à l’épandage de 815 000 appâts vaccinaux à la main en Montérégie-Ouest, en Estrie et dans le Centre-du-Québec. Ce mois-ci, Québec prévoit distribuer des «appâts vaccinaux par largage aérien» dans les forêts et boisés des zones de vaccination, informe le relationniste de presse au sein du Ministère Daniel Labonté.

Entre avril et août, plus d’un million d’appâts vaccinaux ont été distribués dans les trois régions. «Des opérations de la sorte devront être réalisées pendant plusieurs années afin de contrôler l’expansion du territoire affecté et arriver à éliminer la maladie du territoire québécois», prévient M. Labonté. Les appâts créent une barrière vaccinale chez le raton laveur, mais également la mouffette et le renard. Les appâts vaccinaux se sont avérés concluants en Ontario, au Nouveau-Brunswick et dans des états américains. Au Québec, la vaccination via un prélèvement sanguin, porte des fruits, précise M. Labonté.

Difficile d’identifier les causes

Québec ne peut identifier avec exactitude les causes attribuées à une augmentation de la rage. Le déplacement de l’animal, par lui-même et avec l’aide de l’humain, pourrait avoir une incidence. «Le fait de déplacer un animal dérangeant dans un boisé à un ou deux kilomètres peut sembler anodin, mais nuit grandement aux efforts déployés par le gouvernement pour lutter contre la rage du raton laveur. Une fois déplacé, l’animal peut parcourir une grande distance, entre 10 à 20 kilomètres, pour retrouver un milieu qui offre abri et nourriture, et qui n’est pas déjà occupé par des ratons laveurs», souligne le relationniste de presse en précisant que le déplacement de l’animal est interdit dans plus de 280 municipalités en Montérégie, Estrie et au Centre-du-Québec. Les hivers plus doux, favorisant une croissance de la population de ratons laveurs, ainsi qu’une diminution des activités de prélèvement complètent la liste des causes possibles.