Depuis 2018, Vanessa Ringuette et Guillaume Gaboury demandent à la Ville de vérifier l’érosion du fossé situé à côté de leur résidence, rue Racicot. La situation a escaladé rapidement, au point où celle-ci a été graduellement ravagée par la moisissure générée par le débordement répété de l’eau. Si bien que la maison a dû être démolie. La famille est actuellement dans un bras de fer avec Salaberry-de-Valleyfield qu’elle accuse de négligence.
«C’était une petite maison bien entretenue, confirme Mme Ringuette. Pas parfaite, mais parfaite pour nous. Dans un coin isolé, tranquille et calme.»
Le 17 juin, le jeune couple a fait parvenir une mise en demeure à l’attention du maire Miguel Lemieux.
Il réclame la somme de 100 000$ en raison de préjudices subis dans toute cette situation.
On y cite la perte de leur domicile et les besoins de se reloger, d’abord dans une roulotte, puis chez une amie. Tout en payant deux hypothèques puisqu’une maison neuve est en chantier.
Le fait d’encourir des frais de démolition et des pertes financières qui auraient pu être prévenues si la Ville avait été proactive est aussi inscrit.
«C’est un cauchemar qui ne finit juste pas.»
-Vanessa Ringuette
Ainsi que des impacts sur la santé physique et psychologique de la famille, notamment des troubles d’asthme chez une enfant provoqués par la moisissure du sous-plancher constaté dans le vide sanitaire.
«On est devenu freak, laisse entendre la mère de famille. Tout ça n’était pas prévu dans notre plan de vie. On repart à zéro.»
Les quatre membres de la famille ont eu à vivre temporairement dans une roulotte, pour quitter le nid familial devenu inhabitable.
Une amie a également mis en place une campagne de sociofinancement ; 2760$ ont été amassés en date du 18 juin.
Érosion de la berge
La famille Ringuette/Gaboury demeure sur la rue Racicot depuis quelques années. La résidence, construite dans les années 50, se trouvait au bout de la rue, située entre le boul. Hébert et la rivière Saint-Charles.
À droite, on retrouve un fossé. Une flore et une faune y cohabitent, ce qui réjouit la famille, dont les deux enfants.
Mais le couple a constaté une érosion progressive. Si bien que dès 2018, une demande est formulée à la Ville pour vérifier l’érosion. L’urbanisme a affirmé qu’il n’y avait pas de problème. «On m’a dit de planter des plantes indigènes sur le terrain de la Ville, ce que je trouvais illogique», a dit Mme Ringuette.
Quelques inondations sont survenues au fil des ans, mais les impacts ont été limités.
Debby
C’est la tempête Debby en août 2024 qui a fait couler plus que de l’eau. Des craques sont apparues sur les murs. Assez pour que l’assureur du couple demande l’inspection par un expert en bâtiment.
«Ensuite, ç’a été un crescendo, exprime-t-elle. L’expert a statué qu’un mouvement de sol était survenu. Si bien que la compagnie a mis fin aux assurances le lendemain.»
Pour Mme Ringuette, le fossé est en relation directe avec le mouvement de sol.
«Des travaux de nettoyage du fossé ont été réalisés à l’automne 2024 et des travaux de végétalisation du fossé au printemps 2025», confirme Audrey St-Aubin, conseillère en communication à la Ville.
Ce qui est appuyé par la copropriétaire. Son conjoint s’est d’ailleurs interposé devant la machinerie en raison des travaux jugés invasifs. Mme Ringuette soutient aussi que la forêt à côté a disparu.
Délai dépassé
Ce n’est qu’en novembre dernier que la Ville a recommandé au couple de formuler une nouvelle demande de réclamation. Laquelle devait inclure tous les documents en leur possession. Ce que le couple a fait le 3 décembre.
Divers échanges avec la Ville et une experte en sinistre mandatée par cette dernière laissaient planer que le dossier progressait.
La Ville a laissé aussi savoir qu’une subvention pour la démolition de la résidence, au montant de 2640$, a été envoyée au mois de mars.
Or, le 9 avril, malgré les démarches suggérées, l’assureur de la Ville, Indemnipro, a informé le couple que le délai de prescription avait été dépassé.
Le couple a le sentiment d’avoir été induit en erreur par la Ville en qui elle a perdu confiance.
«Selon la jurisprudence, il y est stipulé que si la Ville adopte un comportement ou fait des déclarations, tel que dans le cas de nos clients lorsqu’elle demande de renvoyer un document comportant des réclamations tout en sachant pertinemment que le délai de six mois s’est écoulé, cela peut empêcher la Ville d’invoquer la prescription, peut-on lire dans la mise en demeure. Par vos actions ainsi que les négociations prolongées avec la Ville, cela a poussé nos clients à dépasser le délai de prescription et donc il y aurait eu une renonciation de la part de la Ville en lien au délai de prescription.»
Une nouvelle demeure, avec une hypothèque en conséquence, est en construction sur le terrain de la rue Racicot. À une distance plus éloignée du fossé. «Je n’en voulais pas de maison neuve, plaide Vanessa Ringuette. On a dû puiser dans nos réserves. C’est un stress financier qu’on n’avait pas demandé.»
80 logements à venir
Un projet domiciliaire, qui pourrait se décliner en dix blocs de huit unités, est projeté de l’autre côté du fossé. Une rencontre d’information avait eu lieu en 2022, mais depuis, le dossier n’a pas avancé.
«L’échéancier du projet domiciliaire n’est pas encore établi, a précisé Mme St-Aubin. Le projet n’a pas d’impact sur le fossé.»
