La Courageuse Annick Charette a prononcé un discours inspiré et prenant dans le cadre de la 45e Journée d’action contre les violences faites aux femmes, organisée récemment dans le cadre de la campagne nationale Sans Entraves.
L’organisme CALACS La Vigie qui fait partie du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelle a reçu celle qui s’est associée aux Courageuses lors du procès médiatisé de Gilbert Rozon. «Il y a 400 façons qu’on peut apprendre aux femmes pour fuir. Mais ce serait plus facile d’apprendre une seule chose aux hommes. C’est que sans consentement, c’est non», plaide celle qui a également témoigné des nombreuses entraves rencontrées au cours du processus judiciaire.
«Souvent, le procès c’est celui de la crédibilité de la victime. Être victime ça se conjugue au passé, au présent et pour l’avenir. On ne cesse jamais d’être victime, mais ça ne doit pas nous définir. Par ailleurs, la culpabilité c’est de se dire qu’on a manqué notre devoir de prendre soin de nous», mentionne celle qui s’extirpe de ce parcours d’une décennie.
«Je peux le dire aujourd’hui. Parler fort. Continuez votre bon travail, on a besoin de vous», clame Annick Charette devant les femmes réunies.
Un travail constant
Chaque jour, le CALACS La Vigie et ses partenaires accompagnent des personnes survivantes de violences sexuelles et constatent les nombreux obstacles qui compliquent encore leur parcours.
Dans son discours, la représentante de l’organisme a rappelé que les conséquences de la violence ne s’arrêtent pas nécessairement au moment de l’agression. Elles peuvent se poursuivre lorsque vient le temps de parler, de demander de l’aide ou encore de réclamer justice.
«Les véritables entraves commencent lorsqu’une femme tente de parler, de chercher du soutien ou de réclamer justice», souligne la directrice générale Isabelle Corbeil, évoquant notamment les préjugés, les délais administratifs, le manque de ressources, les barrières juridiques et la remise en doute de la parole des victimes.
Des difficultés auxquelles s’ajoutent celles propres aux régions desservies par l’organisme. Dans des territoires comme Vaudreuil-Soulanges et le Haut-Saint-Laurent, la distance, le manque de transport collectif entre les municipalités et la crainte de la stigmatisation dans les petites communautés peuvent compliquer davantage l’accès aux ressources.
«Pour une femme du Haut-Saint-Laurent ou de Vaudreuil-Soulanges, le simple fait de se rendre à un rendez-vous ou de demander du soutien exige parfois un courage logistique immense», illustre-t-elle.
Le CALACS La Vigie réclame ainsi un accès rapide et sécuritaire aux ressources spécialisées, mais également un financement récurrent et stable permettant de répondre aux demandes sans laisser des survivantes en attente.
Un changement de culture
La prévention demeure aussi au cœur du travail à accomplir. L’organisme estime qu’un changement de culture doit notamment passer par l’éducation, la sensibilisation et une meilleure compréhension du consentement dans les écoles, les milieux de travail et les foyers.
Un message qui faisait directement écho aux propos tenus par Annick Charette.
«Pour que les femmes vivent sans entraves, nous devons cesser de faire porter le poids de la honte et de la sécurité sur leurs épaules», insiste la représentante du CALACS.
Après 45 années de mobilisation contre les violences sexuelles faites aux femmes, l’organisme considère donc que le travail est loin d’être terminé. Il entend poursuivre son accompagnement auprès des survivantes, qu’elles choisissent de briser le silence ou d’avancer à leur propre rythme.
«Nous continuerons de lutter à vos côtés pour démanteler une à une les barrières du système et de la société», conclut Isabelle Corbeil.

