À Huntingdon récemment, l’agronome Marc Hébert a exposé les mythes et réalités de l’épandage de matières résiduelles fertilisantes (MRF). Parmi elles, les boues d’épuration. Bien que sa pratique demeure bien règlementée, son utilisation demeure controversée.
La rencontre, organisée par le Club agroenvironnemental du bassin Laguerre a réuni une bonne foule pour entendre le spécialiste du ministère de l’Environnement. Ce dernier a précisé qu’il savait que des gens dans l’assemblée étaient en défaveur d’une telle pratique. M. Hébert avait donc le mandat d’informer.
«En Montérégie, 4,7 % des sols agricoles reçoivent des MRF, a indiqué le responsable des critères de qualité des composts, biosolides, digestats et autres MRF au ministère. Les MRF ne changeront pas l’agriculture, mais ils peuvent faire une différence. »
Il a fait la distinction entre les différentes formes de MRF, mais s’est concentré sur les boues d’épuration. L’usine de Valleyfield en est une au Québec qui offre ses boues comme matières fertilisantes.
Sa désinfection, à au moins 90 %, fait en sorte qu’elles ne peuvent pas être épandues sur des cultures d’alimentation humaine. D’autres critères comme son odeur, la présence, même minime, de contaminants chimiques ou autres corps étrangers ajoutent des restrictions quant à son stockage et son utilisation.
Malgré les appréhensions, cette pratique existe depuis plus de 30 ans au Québec. «Les MRF ne sont pas toxiques si elles sont utilisées selon le cahier de charge, argue M. Hébert. Elles permettent d’augmenter la fertilisation des sols. »
Il a exposé que pour une année, 2700 appels avaient été logés au Centre antipoison en lien avec l’utilisation des pesticides. Les biosolides utilisés sur le territoire agricole à dose agronomique ne représentent aucun cas écotoxique.
En Montérégie, 70 fermes qui font de l’épandage de boue municipale ont été inspectées sur 27 points de contrôle. Elles atteignaient le taux de conformité à 99 %.
En dépit de ces chiffres, le doute persiste. «Les boues, c’est tabou dans la société en général, a expliqué M. Hébert. Juste pour ça, le dossier sera toujours difficile. L’acceptabilité sociale n’est pas à renier. »
Des membres du groupe des Citoyens du Haut-Saint-Laurent pour la gestion responsable des boues ont assisté à la rencontre. Ils refusent les constats de M. Hébert et ses études qui dateraient de 2011.
Un document sur la concentration de métaux lourds dans les engrais, contenant des chiffres de l’Institut national de santé publique du Québec, était remis à la sortie de la salle. Les chiffres divergent entre le lisier de porc, le fumier de bovin et les biosolides municipaux. «L’épandage de MRF n’a rien à voir avec la fertilisation traditionnelle. Nos terres deviennent des dépotoirs pour les villes qui ne savent plus quoi faire de leurs boues polluées. Protégeons-nous, notre eau et nos terres. Refusons cette merde», peut-on lire sur ce tract.
France Lemieux, membre de ce regroupement n’a pas assisté à la conférence. Mais la résidente de Godmanchester confirme que M. Hébert et elle sont en désaccord sur cette question.
Résidente du Haut-Saint-Laurent depuis 2009, celle qui se qualifie de «vieille écologiste des années 60′, avoue que deux producteurs font du stockage et de l’épandage dans la région. L’un d’eux est son voisin. «L’épandage est à 100 m de mon puits, mais à 10 m de mon terrain, mentionne Mme Lemieux. La première fois, c’est l’odeur qui m’a saisie. Ce n’est pas que l’odeur. J’ai étudié tout ce qu’il y a là-dedans [boues municipales] depuis 2011. Il n’y a rien qui me rassure.»
