Le juge Joey Dubois doit décider s’il condamne Joanie Lepage, coupable de séquestration, à une détention en milieu carcéral ou s’il lui permet de purger sa peine dans la collectivité à partir du domicile parental.

Rappelons que le 11 décembre dernier, la femme de 34 ans avait plaidé coupable à une accusation de séquestration dans le dossier de l’influenceur en cryptomonnaie Kevin Mirshahi.

En échange de 3000$, elle avait autorisé des personnes qu’elle avait qualifiées de «peut (sic) gentils» à utiliser le sous-sol de sa résidence de Les Cèdres pour ce qu’elle croyait être une affaire de drogue.

Un aveuglement volontaire, soutient Me Patrick Cardinal, procureur au dossier.

Trois personnes ont été retenues contre leur gré pendant plus d’une journée.

Dans une déclaration lue par Me Cardinal, une victime a notamment décrit vivre de l’anxiété, de la dépression, de la méfiance.

Nombreuses douleurs physiques sont toujours ressenties. Des malaises qu’il tente d’engourdir par une consommation de stupéfiants, d’alcool et de cigarettes.

Le sentiment de sécurité lui paraît bien subjectif, mais il dit faire un pas de plus sachant que Mme Lepage est derrière les barreaux.

Bris de conditions

Il faut rappeler que Mme Lepage avait préalablement été accusée de meurtre au premier degré dans ce dossier. Les éléments ont cependant milité pour le retrait de cette charge pour une accusation de séquestration.

Depuis le début de ses démêlés judiciaires, Joanie Lepage a passé l’équivalent de 363 jours en détention. Un séjour entrecoupé, avec des libérations conditionnelles ou des passages en maison de thérapie pour régler un problème de consommation ou à l’hôpital.

Or, en liberté provisoire cet été, sous surveillance parentale, elle a été arrêtée alors qu’elle conduisait avec les capacités affaiblies. Elle avait pourtant dit à sa mère qu’elle se dirigeait à une rencontre des alcooliques anonymes.

«Depuis 2024, elle ne gère pas sa consommation et ses conditions, a argumenté Me Cardinal. On a tendu la main à madame à plusieurs reprises et elle l’a repoussée. Les actions ne suivent pas les paroles.»

Si bien qu’un risque de récidive et la gravité du préjudice de permettre une peine avec sursis à la coupable militent en faveur d’une détention.

Le procureur soutient que celle-ci aurait un caractère plus dissuasif et dénonciateur.

Il a suggéré une peine de deux ans, à laquelle il faut retirer la détention préventive déjà purgée. Le tout assorti d’une probation de trois ans et d’une série de conditions à respecter.

Santé mentale

«Elle a été bernée. Elle est le dindon de la farce dans cette histoire», a lancé l’avocat de la défense, Me Patrick Davis au moment de présenter ses arguments.

Selon lui, les arguments présentés par son vis-à-vis de la Couronne occultent le problème de santé mentale de sa cliente.

Au courant de la dernière année, Mme Lepage a été admise en psychiatrie dans un hôpital et une médication antipsychotique lui a été prescrite. Pour lui, la santé mentale et la toxicomanie de sa cliente doivent être adressées conjointement et il ne voit pas une détention comme la solution.

«Je ne minimiserai jamais les gestes de madame et je ne minimiserai jamais la déclaration de la victime, a-t-il affirmé. Mais en réhabilitation, elle est mieux en suivi thérapeutique qu’un milieu carcéral. Je pense qu’elle a besoin plus de soins que d’être détenue.»

Rebâtir sa vie

Me Davis a proposé une peine avec sursis, chez ses parents. Sa mère Christiane Fortin est venue plaider en faveur de ce plan de sortie, suggérant qu’il y aurait plus de surveillance accrue.

Une telle peine serait aussi meilleure selon la mère, qui a avoué être en colère contre le système de santé et le système correctionnel.

«C’est dur, le gouvernement coupe partout», a-t-elle évoqué. Mme Fortin a aussi mentionné avoir de la difficulté à avoir de l’aide, alors que des rendez-vous ont été annulés en plus de devenir orpheline de médecin.

Si bien qu’elle juge que sa fille est mieux à la maison, loin d’une incarcération pendant laquelle elle passe ses journées dans son lit.

Dans une courte déclaration avec la voix tremblante en fin d’audience, Joanie Lepage affirmé sa préférence pour une peine avec sursis où elle a laissé savoir qu’elle évoluerait davantage.

Le juge Joey Dubois a pris sa décision en délibéré jusqu’au 29 janvier.