La mélamine de la cuisine s’effrite et le vert menthe de la baignoire trahit son âge. Mais déménager ? Avec la hausse de 9 % du prix des maisons, plusieurs ménages préfèrent rester… et rénover (avec ou sans Daniel Corbin !).
Le volume de projets a bondi de 15,6 % en 2025. C’est ce que révèle le quatrième rapport annuel de Soumission Rénovation, basé sur un sondage mené auprès de 1 300 consommateurs et l’analyse des données terrain de 17 500 entrepreneurs certifiés. Mais derrière cet enthousiasme se cache une réalité plus nuancée : 4 Québécois sur 10 sous-estiment encore le coût réel de leurs travaux.
Le piège des « prix ancrés »
Selon Michel Jodoin, PDG de Soumission Rénovation, le phénomène s’explique en grande partie par un décalage entre les souvenirs… et la réalité.
« Beaucoup de gens ont un prix ancré dans leur tête. Ils ont rénové leur cuisine il y a 15 ou 20 ans et se disent que ça devrait coûter 25 000 ou 30 000 $. Mais aujourd’hui, une cuisine complète peut facilement atteindre 50 000 $. »
La pandémie a profondément transformé l’industrie. Les coûts des matériaux ont explosé entre 2020 et 2023, et les salaires dans le secteur résidentiel ont connu des hausses importantes à la suite des négociations avec la CCQ. Résultat : les repères d’hier ne tiennent plus.
Même chose pour des travaux jugés « simples », comme la peinture. Beaucoup gardent en tête leurs années d’appartement étudiant — un gallon de peinture, quelques amis et une pizza. Or, faire affaire avec un professionnel peut coûter entre 400 $ et 800 $ par pièce.
Autofinancer avec prudence
Autre donnée révélatrice du rapport annuel : 54 % des rénovateurs financent leurs projets à même leurs épargnes personnelles. Une stratégie prudente, mais qui peut devenir risquée si l’estimation initiale est erronée.
Les dépassements de coûts ne sont pas systématiques, mais ils surviennent plus souvent lorsque la planification est insuffisante. Ouvrir un mur dans une maison centenaire et découvrir de l’amiante, modifier la plomberie en déplaçant un évier ou revoir l’électricité : autant d’éléments qui peuvent faire grimper la facture.
« Planifier en amont est la meilleure façon de limiter les surprises », insiste Michel Jodoin. Faire appel à un designer ou à un architecte représente un coût initial supplémentaire, mais permet souvent d’optimiser les choix techniques et d’éviter des décisions coûteuses en cours de chantier.
La règle d’or ? Prévoir une marge de sécurité de 10 à 20 % du budget total. Pour les imprévus, mais aussi pour les fameux « tant qu’à y être ».
2026 : le retour du pouvoir aux clients ?
Parmi les grandes tendances de 2026, une se démarque : la compétition entre entrepreneurs augmente, redonnant un certain pouvoir de négociation aux clients.
Après les années 2020 à 2022, où la demande dépassait largement l’offre, le marché semble se rééquilibrer. Les prévisions de la CCQ indiquent une baisse d’activité dans les secteurs industriel, institutionnel et commercial, ce qui pourrait libérer des heures de travail vers le résidentiel.
« On ne dit pas que les clients sont rois, mais l’équilibre est plus sain qu’il ne l’était », nuance le PDG.
Autre signal fort : la hausse des demandes pour des architectes et designers observée au quatrième trimestre de 2025. Un indicateur qui laisse présager une vague de projets majeurs en 2026, alors que les ménages, rassurés par un contexte économique plus stable, semblent prêts à passer à l’action.
Miser sur la collaboration
Le conseil de Michel Jodoin ? Voir l’entrepreneur comme un partenaire plutôt qu’un adversaire.
« La majorité des entrepreneurs veulent être fiers de leur travail. Une relation de collaboration augmente les chances que le projet se déroule bien — et parfois même qu’il dépasse les attentes. »

