Alors que la consommation de lait régulier diminue progressivement en Amérique du Nord, cette baisse est en partie compensée par un intérêt grandissant pour les produits laitiers à valeur ajoutée, particulièrement ceux riches en protéines. Chez Agropur, où la consommation du fromage cottage a bondi de 60% en deux ans, on multiplie les efforts pour répondre à la demande.
C’est au siège social de la Coopérative à Longueuil, que Le Courrier du Sud a rencontré Mariline Mailhot, vice-présidente marketing et innovation, produits frais, afin de discuter changement des habitudes, nouveaux produits et tarifs américains.
Retour en force du fromage cottage
Le retour en force du fromage cottage, autrefois très populaire, surprend par son ampleur. «C’est un produit qui existe depuis longtemps. Il y a eu des tendances sur les réseaux sociaux, les recettes avec les TikTok et compagnie. Les gens voient ce contenu-là et ont envie de redécouvrir le cottage.»
Mme Mailhot affirme que les ventes ont augmenté de plus de 60 % au cours des deux dernières années, et la demande continue de progresser. «En ce moment, on n’est pas capable de répondre à cette demande.»
Cette croissance explique notamment les investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars annoncés récemment à l’usine d’Agropur à Amqui. «On veut vraiment faire de l’usine d’Amqui notre centre d’excellence au niveau de la production de fromage cottage.»
Plus nutritifs et faciles à consommer
Agropur entend aussi s’inspirer de ce qui se fait ailleurs dans le monde pour poursuivre le développement de ses produits. En Europe, le marché du fromage cottage propose notamment des produits plus riches en protéines, avec des listes d’ingrédients parfois plus courtes et des formats individuels faciles à transporter.
«Le on-the-go, c’est vraiment quelque chose qu’on veut développer, parce que les consommateurs sont de plus en plus nomades.»
Mme Mailhot, diplômée en génie chimique à Polytechnique Montréal, estime que les consommateurs comprennent de mieux en mieux la valeur nutritive des protéines laitières. «La protéine de lait, c’est une protéine qui est entière. Il y a les neuf acides aminés. C’est bien assimilé par l’organisme. Quand tu consommes une protéine de lait, tu sais que tu vas avoir des bénéfices importants», estime l’ingénieure.
Un nouveau produit
Mme Mailhot souligne qu’Agropur mise sur l’innovation pour répondre à de nouvelles habitudes. À cet effet, l’entreprise a lancé en août un lait contenant 6 % de matières grasses, une demande de la communauté sud-asiatique de la région de Toronto.

«Ce lait est super polyvalent. On peut l’utiliser de différentes façons. Entre la crème à 10 % et le lait entier à 3,25 %, c’est vraiment un entre-deux qui donne une onctuosité, mais sans non plus être une crème», explique la vice-présidente.
Le produit peut notamment être utilisé dans certaines préparations culinaires sud-asiatiques, entre autres pour les panures. Une employée d’une usine d’Agropur lui aurait également raconté utiliser ce lait pour préparer son yogourt et son fromage cottage, puisqu’il apporte davantage de gras.
Le développement de ce nouveau produit s’est fait relativement rapidement, soit en six à huit mois car Agropur disposait déjà de la technologie nécessaire. «On a vu un besoin consommateur, on avait les capacités de le faire. On s’est dépêché à le développer. Le plus long, c’était de développer les emballages», indique Mme Mailhot.
Lancé d’abord en Ontario, puis en Colombie-Britannique, le lait à 6 % est maintenant offert au Québec. Pour l’instant, il n’est vendu qu’en format de quatre litres. «On va suivre la performance et les commentaires des consommateurs», de répondre la vice-présidente, quand on lui demande si ce nouveau produit sera éventuellement distribué dans un format plus petit.
Pour Agropur, la priorité à court terme demeure de répondre à une demande déjà très forte. «Il y a tellement de demandes en ce moment qu’il faut commencer par répondre à la demande sur l’assortiment actuel. On va fournir le cottage, on va fournir le 6 %, le lait protéiné, le lactose, le sans lactose. C’est vraiment notre focus pour l’instant.»
Des tarifs suivis de près
Les tarifs imposés par les États-Unis et les contre-tarifs canadiens constituent également un élément d’incertitude pour l’entreprise. Pour l’instant, toutefois, leur impact ne semble pas trop important sur les activités d’Agropur.
«On reste à l’affût comme tout le monde. Qu’est-ce qui est tarifié, qu’est-ce qui ne l’est plus? On essaie de comprendre. Là, ce sont les protéines de lait qui sont tarifiées, mais elles ne le sont plus le lendemain. On essaie de suivre la volatilité des changements et de voir ce qui va se passer dans le futur.»
Une production B2B
Au Canada, la moitié de la production d’Agropur est destinée directement aux consommateurs. L’autre moitié est vendue à des partenaires privés. Aux États-Unis, l’ensemble de la production est destinée à des entreprises, notamment de grands joueurs qui commercialisent les produits sous leur propre marque. Dans le jargon, on parle de B2B pour business to business ou de production destinée aux entreprises.
«Ça reste dans l’ADN d’Agropur de faire du B2B», souligne Mme Mailhot.

Agropur compte 5000 employés au Canada et 2000 aux États-Unis. En 2025, plus de 6,7 milliards de litres de lait ont été traités par la Coopérative québécoise. (Photo: gracieuseté)
L’entreprise entend néanmoins continuer à miser sur ses propres marques dans le secteur des produits frais. «On a une super marque, la marque Natrel. C’est une marque qui est très forte, spécialement au Québec.
Au-delà du lait et du fromage, Agropur produit également du beurre et différents ingrédients laitiers, comme des poudres de lait et de lactosérum. Là encore, la croissance de la demande pour les protéines offre de nouvelles possibilités, notamment dans les secteurs de la nutrition sportive et de la nutrition médicale.
Quand on lui demande son produit préféré chez Agropur, elle sourit : «J’aime bien notre nouveau lait Natrel + au chocolat avec ses 18 grammes de protéines par portion.»
Une longue tradition
Fondée à Granby en 1938, la Coopérative Agropur est la propriété de 2700 producteurs laitiers. Agropur compte 29 usines au Canada et aux États-Unis, dont neuf établissements au Québec, en incluant son siège social. L’entreprise possède également sept bureaux à travers le monde. Au Québec, elle exploite notamment des installations à Granby, Beauceville, Plessisville, Amqui, Québec, Montréal, Notre-Dame-du-Bon-Conseil et Lachute. Son siège social est à Longueuil.
La Coopérative Agropur, fondée en 1938, regroupe 2700 producteurs laitiers. (Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)

Les installations de Saint-Hyacinthe et d’Oka ont pour leur part récemment été vendues au groupe français Lactalis, dans le cadre de la vente de la division des fromages fins d’Agropur, une transaction qui reste à être approuvée par le Bureau de la concurrence du Canada.
Gestion de l’offre
Au Canada, le marché du lait est protégé par la gestion de l’offre, qui encadre la production, fixe certains prix et impose des tarifs élevés sur plusieurs importations. Ce système vise à protéger les producteurs laitiers canadiens et à assurer la stabilité du marché.
Agropur : quelques chiffres
- Quantité de lait traité : 6,7 milliards de litres (36 % au Canada – 64% aux États-Unis)
- Employés : 5000 au Canada et 2000 aux États-Unis
- Chiffre d’affaires Canada : 4,5 milliards $ (hausse de 87,7 M$ ou 2,0 %)
- Chiffre d’affaires États-Unis : 4,4 milliards $ (hausse de 177,8 M$ ou 4,2 %)
- Ristourne retournée aux membres : 70 M$

